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Polisse : Agent de la paix avant tout

Film sensation du dernier festival de Cannes (où il remporte le prix du Jury) Polisse sort enfin dans toutes les bonnes salles de l’Hexagone.
Brutal, déstabilisant, imparfait mais touchant à l’extrême, il confirme Maïwenn comme la réalisatrice à suivre dans le paysage cinématographique français.

Polisse


Film Choral aux allures de documentaire, caméra à l’épaule et proche de ses protagonistes, on suit le quotidien ordinaire de la BPM Nord (Brigade de Protection des Mineurs) entre viols, abus et maltraitances. Au-delà de la simple constatation de faits divers souvent directement inspirés de la réalité (ce qui ne fait qu’accentuer le sentiment de malaise lors de la projection), c’est une plongée au coeur d’une équipe de simples flics, héros ordinaires, avec leurs différences, leurs démons intérieurs et l’impact de leur travail autant sur leur milieu professionnel (des binômes qui tombent amoureux ou qui se déchirent) que sur leur vie privée (séparations, dépressions, suicide…) en prenant le temps de s’attarder sur chaque membre en tant qu’individu.

Le film choral étant un sujet assez délicat en soi (même si le Bal des Actrices a suffi à prouver que c’était un exercice où Maïwenn était à l’aise) réussir à transformer l’essai avec un sujet aussi épineux que complexe (on parle d’un portrait de la police dans le cadre d’enquêtes sordides concernant des abus sur mineurs) semblait bien compliqué pour une si jeune réalisatrice. Et pourtant, Maïwenn fait preuve d’une maîtrise et d’une humanité déroutantes.

Restant en retrait (autant au niveau de l’interprétation qu’au niveau de la réalisation) elle laisse le champ libre à ses personnages et se contente de les suivre sans artifices ni effets de style à part quelques cadrages dignes de Peeping Tom (Powell, 1960) qui sonnent comme autant de coups d’oeil par le trou de la serrure.
On ne peut s’empêcher de se sentir légèrement gênés d’être présents dans des moments d’intimité où nous ne sommes pas conviés et qui gagnent en puissance dramatique par le réalisme de la scène et le coté brut du jeu des acteurs (Sandrine Kiberlain au comble de la douleur, Joey Starr qui montre que même un Jaguar peut pleurer). La succession des affaires et des rebondissements n’atténuent en rien ce sentiment d’intrusion malgré des moments bien plus détendus où on se rend compte que malgré le poids énorme de la souffrance des victimes, les membres de la BPM sont des individus « comme les autres » qui ont besoin de décompresser (plus que les autres). La scène du téléphone portable en est un bon exemple avec son fou rire communicatif.

Coté interprétation, une ribambelle d’acteurs confirmés met son talent au service de ce film choral. Entre Karin Viard en mère dépressive et influençable mais résolument optimiste, Marina Foïs en agent aigri et déséquilibré, Frédéric Pierrot en patron d’équipe accablé par le poids des enjeux politiques au sein de la brigade nous avons une galerie de portraits impressionnante enrichie par un Joey Starr qui alterne moments de tension et moments de fragilité prouvant qu’il peut tout à fait jouer la comédie et Maïwenn donc qui joue une photographe qui suit la brigade au quotidien et qui finit par aller trop loin dans son immersion, bouleversant sa vie.

Un film riche, peut être un peu trop et qui nous perd à force de multiplier les affaires, les portraits et les problématiques : gestion du stress qu’implique une fonction aussi lourde, relations entre binômes, chocs culturels, poids de la politique dans la fonction policière, équilibre inexistant et frontières trop minces entre le travail et la vie civile (autant familiale que sociale)

Mais ce film a une puissance et une sincérité qui frappe tel un pavé dans la gueule et dont on a du mal à se relever. On retrouve une fragilité extraordinaire malgré les situations souvent barbares et brutes, une implication et une adhésion totale au projet de la part de toute l’équipe qui se donne sans compter pour nous offrir ce qui est certainement l’un des films chocs de cette fin d’année.

On passera sur le portrait un peu lisse de la police dans certaines situations (le cas du sadique qui nargue les policiers en salle d’interrogatoire et qui s’en tire avec une « petite » baffe peut faire sourire quand tout le monde dans la salle avait envie lui faire avaler ses dents) et sur les histoires parallèles qui sont souvent effleurés mais jamais vraiment traitées pour ne retenir que la sincérité et la puissance qui irradie de l’écran pendant 2 heures.

A voir pour les amoureux du cinéma qui n’ont pas peur de se prendre une bonne tarte une fois de temps en temps. En attendant le prochain Maïwenn…


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